La normalisation des exosquelettes

Yonnel Giovanelli, expert AFNOR et responsable du pôle Ergonomie & Facteurs Organisationnels et Humains à la SNCF, nous explique tout sur la normalisation des exosquelettes.

Le comité de l’AFNOR a publié en 2017 un accord donnant des outils et des repères méthodologiques qui va donner lieu à la publication en 2021 d’une norme de recommandations ergonomiques pour l’utilisation des robots et dispositifs d’assistance physique (RAP/DAP) en situation de travail.

Qui fait partie de ce comité de travail ? Quels sont les enjeux et pourquoi est-ce nécessaire?

Nous sommes partis à la rencontre de Yonnel Giovanelli, expert AFNOR et responsable du pôle Ergonomie & Facteurs Organisationnels et Humains à la SNCF, pour qu’il nous explique tout sur la normalisation des exosquelettes.

Qu’est ce que contient cette norme ?

Le comité de l’AFNOR regroupe de nombreux institutionnels, fabricants et entreprises utilisatrice d’exosquelette en entreprise. L’objectif de cette commission est de passer des données à la sortie de normes pour donner un cadre législatif autour de ces nouvelles technologies.

La norme en cours de rédaction (X35 800) se base sur des recommandations ergonomiques pour les dispositifs et robots d’assistance physique (DAP et RAP) à contention.

Cette publication concerne la démarche globale d’intégration d’un exosquelette : de l’évaluation des besoins, au choix des exosquelettes par rapport aux besoins, de l’évaluation de leur usage à la conception d’un exosquelette pour finir par la phase de déploiement.

Où en est-on aujourd’hui des obligations liées aux exosquelettes en entreprises ?

Du côté des entreprises il existe déjà plusieurs réglementations telles que les 9 principes généraux de prévention. Une norme a également été publiée en 2019, par l’Union de Normalisation de la Mécanique (UNM), qui définit les termes relatifs à la terminologie et donne une classification des principales familles de robots et DAP. Cette norme fournit également une liste, non exhaustive, de caractéristiques, grandeurs mécaniques et électriques en fonction de l’application et du besoin pour permettre l’élaboration d’un cahier des charges technique pour orienter le choix d’un RAP ou sa conception.

Du côté des fabricants, le marquage CE est obligatoire pour vendre un exosquelette en France, certifiant que le produit répond à certaines exigences en matière de sécurité.

Quelles évolutions depuis la création de l’AFNOR ?

Beaucoup de travail a été fait entre 2015 et 2017, avec la création d’une plateforme française, où les membres partagent les expériences d’intégration d’exosquelette.

Depuis sa création, les positions des uns et des autres ont évolué. Les fabricants sont plus dans une démarche d’écoute des utilisateurs et ça se traduit dans l’approche commerciale qui se transforme petit à petit en démarche d’intégration d’exosquelette. Les échanges ont vraiment apporté une plus-value pour les entreprises utilisatrices mais également les futures entreprises. 

En quoi est-ce important?

Les enjeux sont nombreux : aujourd’hui comment fait-on pour certifier un exosquelette ? Faut-il certifier EPI ? ou certifier en directive machine ?

L’objectif est d’avoir la vision des entreprises utilisatrices qui sollicitent les fabricants. Les membres du groupe de travail partagent leurs expériences, ce qui permet de comparer les différents exosquelettes, voir ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins bien.

Il n’est pas possible de prescrire ou d’imposer des choses à faire, il s’agit de montrer quelles sont les bonnes pratiques.

Entre le protocole du fabricant et le mode de fonctionnement des entreprises, qui varie d’une entreprise à une autre : ce qu’il faut, c’est s’adapter !

Et du côté européen et international ?

À l’échelle Européenne, il y a le CEN (European Committee for Standardization), une plateforme avec des entreprises et fabricants.

Ce qui est important c’est que cette plateforme crée du savoir. On peut dire que la France a été précurseur avec la plateforme, maintenant, il faut montrer notre positionnement de précurseur et surtout partager nos expériences.

À l’échelle international, il y a l’ASTM International, comparé à la France où on s’intéresse aux exosquelettes industriels, là, on partage sur tout type d’exosquelettes (médical, militaire, etc.). Le travail est différent parce qu’on cherche d’abord toutes les normes rédigées qui ont un lien de près ou de loin avec les exosquelettes pour en faire une synthèse avant de rédiger des normes.

Quelles perspectives sur du plus long terme ? 

La France est un pays relativement en avance, même si pour le moment il n’y a pas de maturité technique ni d’utilisation. C’est comme pour la génération qui est née avec internet ou le téléphone portable, il faut du temps pour s’adapter et intégrer les nouveautés dans la vie quotidienne. Dans 10 ans, pour les RAP et DAP, le processus sera le même, il faut du temps pour que l’utilisation soit logique, cadrée et implantée dans l’environnement.

Dans la réglementation, les mesures de prévention décidées et mises en place par l’employeur sont obligatoires pour les salariés. Dans le futur, on va tendre vers l’idée que si après une analyse de l’environnement, la solution pour dé-risqué l’activité est un exosquelette, celui-ci va probablement devenir obligatoire. D’où l’intérêt encore d’appuyer sur le processus d’intégration et de vendre une solution qui est vraiment adaptée à une problématique.

Pour le moment, le plus gros challenge, est de faire en sorte que les normes soient publiées pour qu’il existe une réglementation liée à cette technologie.

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