Les exosquelettes, également appelés dispositifs d’assistance physique (DAP), se sont progressivement imposés dans les entreprises comme une réponse crédible aux troubles musculosquelettiques (TMS). Longtemps perçus comme des technologies expérimentales ou futuristes, ils sont aujourd’hui des outils concrets, intégrés à des démarches structurées de prévention et de maintien dans l’emploi. Cette évolution est le fruit de plusieurs décennies de recherche, d’itérations technologiques et de retours terrain.
1. Le développement d'une nouvelle technologie d'assistance physique
a. Des concepts pionniers à la maturation technologique
Les premières idées d’assistance mécanique au mouvement humain remontent à la fin du XIXe siècle. Durant la seconde moitié du XXe siècle, les exosquelettes restent principalement cantonnés aux laboratoires de recherche, avec des structures lourdes et rigides, destinées à démontrer la faisabilité technique plutôt qu’un usage réel. Le projet Hardiman de General Electric, à la fin des années 1960, illustre bien cette période : technologiquement ambitieux, mais inadapté à un déploiement opérationnel.

À partir des années 2000, le secteur de la défense joue un rôle d’accélérateur. Des programmes majeurs, notamment aux États-Unis avec la DARPA, ou en France avec des projets portés par la DGA, le CEA ou des industriels spécialisés, visent à assister le port de charges lourdes pour les soldats. Ces travaux permettent des avancées significatives en actionneurs, capteurs, contrôle et gestion de l’énergie. Toutefois, les exigences extrêmes du terrain militaire (robustesse, autonomie, compacité) limitent fortement les déploiements à grande échelle. Ces programmes auront surtout servi de socle technologique.
b. Le secteur médical comme catalyseur du marché
C’est dans le domaine médical que le marché des exosquelettes se structure réellement au début des années 2010. Les exosquelettes de rééducation et d’assistance à la marche pour personnes paraplégiques ou post-AVC ouvrent la voie à des produits certifiés, cliniquement évalués et commercialisés. Des acteurs pionniers comme ReWalk, Ekso Bionics ou, en France, Wandercraft, attirent des investissements importants et démontrent qu’un exosquelette peut être utilisé de manière répétée, encadrée et sécurisée.

Cette phase marque également une baisse progressive des coûts, liée à la miniaturisation de l’électronique, à l’amélioration des batteries et à l’optimisation des procédés industriels. Ces dynamiques bénéficieront ensuite aux exosquelettes destinés au monde du travail.
2. Les exosquelettes se font une place chez les pros
a. L’émergence des exosquelettes au travail : des usages ciblés
En France, les premiers usages industriels documentés apparaissent à partir de 2015. Ils concernent principalement des exosquelettes passifs et rigides, souvent dédiés à une fonction précise. Les dispositifs d’assistance aux épaules, utilisés pour des travaux bras en l’air (peinture, câblage, assemblage), constituent la première famille à connaître un réel intérêt opérationnel. Leur succès repose sur un périmètre d’usage clairement défini et une compréhension rapide de leur bénéfice.
Progressivement, les exosquelettes pour le dos deviennent le segment majoritaire du marché. Deux grandes approches se distinguent :
- les exosquelettes passifs textiles, très légers et accessibles, qui misent avant tout sur l’acceptabilité et la simplicité d’usage ;
- les exosquelettes actifs, intégrant moteurs et capteurs, capables de fournir une assistance modulable et mesurable, au prix d’une complexité technologique plus élevée.
L’histoire du marché montre que les dispositifs trop lourds ou trop généralistes ont eu des difficultés à s’imposer. À l’inverse, les solutions combinant ciblage fonctionnel, compacité et intégration progressive dans les organisations ont trouvé leur place.
b. Acceptabilité, intégration et cadre de prévention
Les retours d’expérience ont rapidement mis en évidence que la performance biomécanique seule ne suffit pas. Des études ont montré que certains exosquelettes pouvaient générer des contraintes déplacées vers d’autres segments du corps s’ils étaient mal choisis ou mal intégrés. Ces constats ont contribué à freiner le marché dans ses premières années et à renforcer l’exigence de validation scientifique et méthodologique.
Les organismes de prévention, notamment l’INRS, ont joué un rôle clé en rappelant que les exosquelettes doivent s’inscrire dans une démarche globale : analyse des situations de travail, recherche prioritaire de solutions organisationnelles ou techniques, puis, le cas échéant, intégration progressive d’un DAP avec suivi dans la durée. La publication de guides méthodologiques et, plus récemment, de la norme AFNOR NF X35-800 en 2023, a permis de structurer ces démarches d’intégration sans pour autant normaliser les produits eux-mêmes.
c. Une expertise construite sur le terrain : l’approche Japet Medical
C’est dans ce contexte de maturation que Japet Medical s’est développé. L’entreprise s’est positionnée très tôt sur les exosquelettes de dos, en faisant le choix d’un dispositif actif, compact et textile, conçu pour concilier efficacité biomécanique, acceptabilité et intégration terrain.
Dès ses débuts, Japet a engagé des travaux cliniques et scientifiques en collaboration avec des équipes médicales et universitaires, afin d’objectiver l’impact de ses solutions, notamment sur la réduction des contraintes lombaires et de la douleur. Cette approche fondée sur la preuve distingue Japet dans un marché longtemps dominé par des démonstrateurs techniques.
Parallèlement, l’entreprise a structuré son développement industriel et qualité selon les standards du dispositif médical, en s’appuyant sur un système qualité certifié ISO 13485. Ce niveau d’exigence, encore rare dans le champ des exosquelettes au travail, traduit une volonté claire : garantir la sécurité, la fiabilité et la reproductibilité des performances sur le long terme.
d. De l’expérimentation à l’usage durable
Le marché des exosquelettes au travail reste caractérisé par des déploiements ciblés. Il n’existe pas, à ce jour, de solutions universelles équipant massivement l’ensemble d’une entreprise. En revanche, une évolution majeure est observable : certains exosquelettes sont désormais utilisés de manière continue pendant plusieurs années sur des postes identifiés, avec des utilisateurs formés et volontaires.
Cette durabilité d’usage marque un tournant par rapport aux premières expérimentations de la fin des années 2010. Elle reflète à la fois une meilleure adéquation produit-usage, une intégration plus rigoureuse et une évolution de l’acceptabilité sociale de ces dispositifs.
3. Perspectives : vers une diversification maîtrisée
Les TMS demeurent la première cause de maladies professionnelles en France, dans un contexte de vieillissement de la population active et d’allongement des carrières. Les exosquelettes s’inscrivent désormais comme un outil complémentaire, au service de la préservation de la santé plutôt que de la recherche de productivité à court terme.
Les tendances actuelles du marché vont vers une double dynamique :
- des solutions toujours plus simples, légères et accessibles, permettant une diffusion large, y compris auprès des PME, artisans et collectivités ;
- des dispositifs à plus forte valeur ajoutée, intégrant capteurs et données d’usage, capables de s’adapter à une grande variété de situations de travail.

À l’image de l’évolution des orthèses ces vingt dernières années, l’exosquelette tend à devenir un objet accepté, voire revendiqué, à mesure que son design, son confort et son utilité progressent.
Conclusion
L’histoire des exosquelettes est celle d’un passage progressif de la recherche à l’usage métier. Après des décennies d’expérimentation, le secteur entre dans une phase de maturité, portée par des exigences accrues en matière de preuve, d’intégration et d’acceptabilité.
En s’appuyant sur une expertise technique, clinique et terrain construite depuis plus de dix ans, Japet Medical s’inscrit dans cette trajectoire de long terme : celle d’exosquelettes pensés non comme une promesse technologique, mais comme un outil concret au service de la santé et du maintien durable des personnes au travail.




