Dans l’industrie de la verrerie de luxe, chaque flacon raconte une histoire de précision, d'exigence et de savoir-faire. Derrière les créations destinées aux plus grandes maisons de parfum et de cosmétique se cachent des métiers souvent méconnus, dont certains restent particulièrement exigeants sur le plan physique.
Chez Pochet du Courval (76), les monteurs outillage occupent une place essentielle dans le processus de fabrication. Leur expertise permet d'assurer le bon fonctionnement des équipements de production et de garantir la qualité des flacons fabriqués chaque jour.
Mais ce métier de précision s'accompagne également de contraintes importantes. C'est pour préserver durablement la santé de ces collaborateurs que les équipes santé et sécurité de Pochet ont engagé une réflexion autour de nouvelles solutions de prévention.
Ce retour d'expérience illustre un enjeu bien connu en prévention des TMS en verrerie : comment protéger les salariés lorsque les contraintes du métier ne peuvent pas être entièrement supprimées par l'ergonomie collective ?
Un métier essentiel au cœur de la fabrication des flacons de luxe
Le métier de monteur outillage consiste à installer, régler et entretenir les moules utilisés dans la fabrication du verre.
Tôt le matin, avant le lancement de la production, ces professionnels interviennent sur les équipements afin d'assurer leur bon fonctionnement. Ils remplacent les moules de la production précédente par ceux de la journée qui suit, retirent des charnières, réalisent des réglages et effectuent des opérations de maintenance directement sur les machines.
Ces opérations nécessitent parfois de se glisser dans des espaces très restreints.
Leur travail conditionne directement la qualité des produits fabriqués.
Dans une verrerie, les monteurs outillage sont des opérateurs de production qui évoluent au plus près des équipements. Ils interviennent aussi bien sur les ébaucheurs que sur les finisseurs, sur des tâches techniques qui doivent parfois être réalisées dans des zones où chaque mouvement doit être maîtrisé.
C'est un métier exigeant, qui repose sur une expérience acquise au fil des années.
Prévention des TMS en verrerie : quand l'ergonomie atteint ses limites
Depuis plusieurs années, Pochet mène une politique active en matière de santé et sécurité au travail.
Les équipes réalisent régulièrement des études de poste afin d'identifier les situations à risque et de rechercher les solutions les plus adaptées aux contraintes du terrain.
Sur le poste de monteur outillage, plusieurs actions avaient déjà été engagées pour protéger le dos des opérateurs. Des aides à la manutention avaient été déployées et l'utilisation de palans permettait de limiter certains efforts.
Pour autant, certaines contraintes demeuraient difficiles à supprimer en raison d'un environnement très contraint, où aucun aménagement collectif n'était adapté par ses dimensions.
Pour Aurélie Parisy, animatrice hygiène et sécurité chez Pochet, la question n'était donc plus seulement d'améliorer l'ergonomie du poste, mais de trouver une solution complémentaire capable de soutenir les collaborateurs dans leur activité.
Un poste soumis à des contraintes physiques importantes
Le métier de monteur outillage cumule plusieurs facteurs de sollicitation pour le dos.
Les collaborateurs manipulent quotidiennement des moules pouvant peser jusqu'à 25 kg. Sur une journée complète, les charges déplacées représentent parfois plusieurs tonnes cumulées.
À ces manutentions s'ajoutent les horaires matinales, des flexions répétées, des rotations du tronc et de longues périodes passées en position penchée lors des opérations de réglage ou de maintenance.
L'environnement de travail lui-même renforce la difficulté du métier.
Les ateliers de verrerie sont des espaces où la chaleur, l'humidité et le bruit font partie du quotidien. Autour des machines, les opérateurs interviennent simultanément dans des zones parfois très restreintes.
Dans ces conditions, chaque équipement doit trouver sa place sans gêner le travail des équipes ni entraver leurs déplacements.
Trouver une solution compatible avec la réalité de la verrerie
Lorsque les équipes de Pochet ont commencé à rechercher une solution complémentaire, plusieurs critères se sont rapidement imposés. L'équipement devait pouvoir être porté avec la tenue de travail réglementaire utilisée dans les ateliers verriers, sans compliquer le quotidien des opérateurs.
Il devait également être simple à enfiler et à retirer de manière autonome, y compris avec les gants portés sur le poste. Enfin, il était essentiel qu'il apporte un soutien efficace lors des manutentions les plus exigeantes, notamment lorsque les monteurs manipulent des moules pouvant atteindre 25 kg, tout en restant compatible avec les mouvements nécessaires aux opérations de réglage et de maintenance.
Le choix s'est porté sur le Japet.W+, l'exosquelette lombaire motorisé conçu et fabriqué par Japet Medical à Lille.
Sa compacité permet aux collaborateurs de le porter sur leur tenue de travail sans modifier leurs habitudes. Une fois équipé, le monteur peut continuer à évoluer entre les machines et intervenir dans des zones exiguës sans gêner ses collègues.
Au-delà de son format, les équipes ont également retenu sa capacité à accompagner le bas du dos dans l'ensemble des situations rencontrées au cours des opérations : port de charges, flexions, rotations, travail penché ou interventions dans les machines.
Une adoption portée par les monteurs eux-mêmes
La découverte du dispositif s'est faite progressivement.
Les premiers essais ont été proposés aux collaborateurs sans obligation d'utilisation. Chacun a pu le tester directement sur son poste de travail et évaluer son intérêt dans les conditions réelles du métier.
Les retours ont rapidement été positifs.
Après l'acquisition des premiers équipements, plusieurs monteurs sont revenus spontanément vers les équipes santé et sécurité pour demander de nouveaux dispositifs.
Une réaction qui a conforté Pochet dans sa démarche.
Aurélie se souvient d'ailleurs d'un échange particulièrement marquant avec l'un des utilisateurs.
« Un jour, l'un de nos collaborateurs, qui craignait de ne pas pouvoir atteindre l'âge de la retraite à cause de ses douleurs lombaires, m'a confié lors de l'essai de l'exosquelette : avec ce soutien, je pourrai finalement peut-être atteindre la retraite. »
Pour les équipes, cette remarque résume à elle seule l'objectif recherché : permettre aux salariés de poursuivre leur métier dans de meilleures conditions tout en préservant leur santé.
Préserver les collaborateurs et les savoir-faire dans la durée
Aujourd'hui, les exosquelettes sont pleinement intégrés dans le quotidien des monteurs outillage concernés.
Ils sont utilisés sur les tâches les plus contraignantes et peuvent être retirés en quelques secondes lorsque les besoins évoluent.
Chez Pochet, l'objectif est bien d'enrichir les démarches de prévention déjà en place. Les aides à la manutention, les études ergonomiques et l'amélioration continue des postes restent les premiers leviers de lutte contre les TMS.
L'enjeu est d'apporter une réponse complémentaire lorsque certaines contraintes ne peuvent être supprimées.
Cette expérience illustre une réalité partagée par de nombreux industriels : certains métiers demeurent exigeants malgré tous les efforts engagés pour améliorer les conditions de travail.
Dans ces situations, préserver la santé des collaborateurs revient aussi à préserver les compétences et les savoir-faire qui font la richesse de l'entreprise.
Pour les monteurs outillage de Pochet, c'est précisément cette ambition qui guide aujourd'hui la démarche engagée.



